Nous avons tous vu un jour une petite vieille, un petit vieux
accroché à sa canne essayant de trouver le bon moment pour traverser
une rue alors qu'ils ont su traverser toutes ses années. C'est pour
eux, notre avenir que j'ai écris ce poème.
Elle traversait la rue accrochée à sa canne.
Tremblante. Qui soutenant l'une et retenant l'autre,
Craintive, traversant une rue, puis une autre.
Autour, la vie folle s'agitait, courtisane.
Un rendez-vous, une réunion, nul ne songeait,
Et nul ne pensait à cette pauvre jeanne.
Elle restait là. La foule insouciante traversait.
Tétanisée, le corps tout recroquevillé,
Griffée, le visage mangeait par le temps passé.
Les yeux translucides, usés par les années.
Quelques mètres encore à traverser.
Maudite rue et tous ces gens. Les oublier.
Le trottoir, le calvaire. Le salut, la fin
Encore quelques mètres pour lui tendre la main.
Prendre sa main fragile et chaude et l’aider.
Un pauvre sourire et un merci chuchoté.
Son chemin, le trottoir enfin. L'autre côté.
Un bref arrêt, je la regarde s'éloigner.
Je songe à tous ses moments, à sa beauté.
A ce qu'elle fût, à sa jeunesse, sa liberté.
(...)
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Gérard Brazon
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