Antilles : le retour de la banane n'elimine pas les pesticides, Novethic, 23/04/08
Christophe Brunella
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Huit mois apres le cyclone Dean qui a ravage les bananeraies de Guadeloupe et Martinique, le 8 avril, le porte-container "Fort Saint Pierre" debarquait a Dunkerque une cargaison de 4 800 tonnes de bananes. Au plan sanitaire, l’affaire du chlordecone continue cependant a nourrir les inquietudes.
Aout 2007, le cyclone Dean ravage les Antilles francaises. L’ile de la Martinique voit la totalite de ses plantations de bananes detruites tandis que les plantations guadeloupeennes sont sinistrees pour moitie. Secteur cle de l'economie des deux iles, la culture de banane c'est environ 10 000 salaries et 9 000 ha de plantation. Avec 530 000 tonnes consommes par an, les Francais sont pour le moins friands du fruit exotique. C'est donc grace aux 25 millions d'euros verses par l'Etat pour indemniser les producteurs, que le 8 avril, le "Fort saint-Pierre" amarrait au port de Dunkerque avec pres de 5000 tonnes de fruit a son bord.
"Banane durable"
La catastrophe a incite les producteurs a repenser leurs plantations. 50% des terres a ete laisse en jachere et d’ici un an, les agriculteurs replanteront sur des sols plus assainis avec pour objectif de parvenir a une production exempte de parasites. Pour ce faire, les producteurs antillais beneficient de l'aide compensatoire a la perte des recettes prevues par l'UE dans le cadre de l'Organisation commune du marche de la banane, systeme de libre echange entre producteurs communautaires et producteurs d'Afrique, des caraibes et du Pacifique. Une aide soumise a un cahier des charges qui prevoit notamment la reduction de 50% de l'utilisation des pesticides. L'UGPBAN qui associe les deux regroupements prives de producteurs prives de banane aux Antilles va meme jusqu'a parler de "banane durable" et Yves Jego, secretaire d’etat a l’Outre-Mer a declare dans un communique que, selon lui, la production de bananes va vers "l'exemplarite aux Antilles en respectant des normes, communautaires et nationales, particulierement strictes, en matiere sanitaire et environnementale, mais egalement en matiere sociale."
Chlordecone, la polemique continue, les inquietudes persistent
Si tel est le cas c'est une bonne nouvelle puisque le rapport d'information elabore par le comite de suite aux travaux de la mission d’information sur le chlordecone aux Antilles montre notamment que l’etat des lieux, dresse en 2005, sur les risques lies a la presence de ce pesticide organochlore dans l'eau et les terres est toujours d’actualite. 
Apres une serie d’auditions d’experts et une mission en Guadeloupe et a la Martinique, ce rapport d’etape souligne que "L’affaire du chlordecone a provoque aux Antilles francaises un traumatisme psychologique" (voir article lie). Mis en place le 6 fevrier par les deputes a l’Assemblee nationale, ce comite, preside par le depute UMP du Finistere Jacques Le Guen estime que les recommandations etablies par la commission des affaires economiques, de l’environnement et du territoire, en juillet 2005 ont ete mise en œuvre mais de facon inegale. Des delais trop longs entre l’envoi des echantillons de terre -analyses en metropole- et leur retour aux Antilles persistent, en attendant la mise en place d’un laboratoire en Martinique. Du retard a egalement ete pris dans la mise en place de perimetres de protection de captages d’eau potable en Guadeloupe.
Il faut noter par ailleurs que dans les annexes de ce rapport, les compte rendus de discussion revienne sur un audit du cancerologue Dominique Belpomme, publie en septembre 2007, pour qui l'emploi massif de certains pesticides dont le chlordecone avait engendre une ''crise sanitaire majeure'' en Martinique et en Guadeloupe. Le professeur, initiateur de l'Appel de Paris, nie avoir tenu de tels propos et, s'il reconnait que le chloredone n'est pas la cause du tres fort taux de cancers de la prostate en Martinique, il rappelle que la remanence du chlordecone est particulierement longue : au moins un siecle et que d’autres polluants persistants contaminent egalement l’eau douce aux Antilles. Pour lui, on a pose aux Antilles une bombe sanitaire a retardement.
Renforcer le registre des cancers
De son cote, l'institut de veille sanitaire (InVS), signale qu'a ce jour aucun lien n'a ete demontre entre l'exposition aux pesticides aux Antilles et les observations sanitaires qui y ont ete effectuees. Pour autant, l'institut ne nie cependant pas les risques potentiels pour la sante a long terme des pesticides de la famille des organochlores, dont le chlordecone. Une fois encore, l'origine multifactiorielle du cancer semble servir a minimiser l'impact potentiel des pesticides dont la toxicite est par ailleurs reconnue. Surtout cette situation et le manque d'etudes epidemiologiques longues permettent encore de faire l'impasse sur le principe de precaution. Toutefois, le rapport des parlementaires preconise de renforcer le registre des cancers a la Martinique et d’en creer un a la Guadeloupe, de creer un registre des malformations congenitales et de mettre en place un dispositif de toxivigilance dans les deux departements. Il rappelle que le plan d'action gouvernemental prevoit notamment d’organiser un suivi medical specifique des travailleurs agricoles et de mettre en place l’accueil et le conseil aux agriculteurs installes sur des sols contamines.
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