Marc Bied-Charreton, geographe. Demain, combien de terres steriles ?, Le Monde, 12/01/08
Propos recueillis par Gaelle Dupont
Agroeconomiste et geographe, vous etes president du Comite scientifique francais sur la desertification (CSFD). Ce processus gagne du terrain a un rythme alarmant. Si rien ne vient l'enrayer, quel pourcentage des terres emergees sera touche dans vingt ans ?
Les Nations unies estiment qu'un tiers des terres emergees est menace. Aujourd'hui, 500 a 600 millions de personnes en subissent les consequences. Ils seront deux a trois milliards a l'avenir, si rien ne change.
Sur quelles tendances s'appuient ces previsions ?
La menace vient a la fois de l'augmentation de la population mondiale - nous allons passer de six a huit milliards d'individus -, de l'absence d'adaptation des systemes d'agriculture et d'elevage, et des risques lies aux changements climatiques. Selon les previsions du Groupe intergouvernemental d'experts pour le climat (GIEC), notre siecle sera marque par des episodes climatiques extremes. Les secheresses seront plus frequentes et plus longues.
A quoi ressembleront les zones touchees par la desertification ?
Il faut preciser d'emblee que la desertification, ce n'est pas une progression naturelle des deserts. C'est un phenomene qui se produit souvent - mais pas toujours - sur les marges des deserts, ce qui fait que l'on dit improprement que le desert "avance".
On considere qu'une terre est desertifiee quand il ne reste que 10 % ou 15 % de vegetation sur le sol. Il n'y a plus d'arbres ni d'arbustes. Il reste environ une touffe d'herbe par metre carre. Le reste, c'est du sable et des cailloux.
En fait, la desertification consiste en une perte progressive de la fertilite des sols. Ses causes sont a la fois naturelles et humaines. Le manque d'eau entraine une baisse de la productivite des terres. Mais les activites humaines ont une grande part de responsabilite dans le phenomene, car les pratiques agricoles et d'elevage trop intensives ou inadaptees epuisent egalement les sols.
Quelles regions du monde sont menacees ?
Une centaine de pays sont concernes, sur tous les continents. L'Afrique l'est au premier chef. Le continent asiatique egalement. Toutes les franges du desert australien subissent elles aussi un deficit en eau depuis quelques annees. Le continent americain et l'Europe ne sont pas epargnes : le phenomene menace un bon tiers de l'Espagne, Chypre, une partie de la Sardaigne, de la Sicile, et de la Grece.
Quelles seront les consequences sur l'environnement ?
Quand la vegetation disparait, le sol perd sa capacite de retention de l'eau. Le ruissellement emporte la terre. Il n'y a plus de graines dans les sols. Toute vie disparait. La resilience de l'ecosysteme, c'est-a-dire sa capacite a revenir a l'etat initial, ne cesse de diminuer. C'est un cercle vicieux.
Les consequences seront egalement planetaires. Une forte desertification aboutira a la mise en suspension dans l'atmosphere de millions de tonnes d'aerosols. Les depots de terre entraines par l'erosion envahiront les egouts des villes et perturberont le regime de crue des fleuves. Le phenomene aggravera aussi le rechauffement climatique, car la capacite de stockage du carbone atmospherique diminuera.
Quel sera le sort des populations qui vivent sur ces terres ?
Quand la fertilite des sols et leur capacite a retenir l'eau diminuent, les rendements agricoles baissent. Donc la ration alimentaire quotidienne baisse et le revenu baisse, qu'il provienne des surplus de l'agriculture vivriere ou de la culture de plantes commerciales. On observe des aujourd'hui une chute des rendements en sorgho et en coton.
Pour compenser cette tendance, les paysans augmentent les superficies cultivees. Ils resolvent leur probleme pour une annee, mais ils reintroduisent le cycle de la desertification sur de nouvelles terres. Quand les deplacements locaux ne suffisent plus a faire vivre les familles, on envoie des gens vers les villes pour trouver du travail et envoyer de l'argent. Les bidonvilles gonflent.
La desertification peut-elle aboutir a des mouvements migratoires ?
Ils ont deja commence, notamment de l'Afrique subsaharienne vers le Maghreb et l'Europe. Cela conduit a des drames, et ce n'est pas une solution d'avenir. La solution, c'est que les villageois se developpent dans leur village. Si l'on suit la tendance dessinee par le dernier rapport du GIEC, et si les techniques agricoles ne changent pas, on risque d'aboutir a des crises sociales terribles. Il y aura des bagarres pour la terre et des bagarres pour l'eau au sein de pays et entre pays. En desespoir de cause, les gens bougeront beaucoup plus.
La progression de ce processus est-elle ineluctable ?
Non. Il faut ameliorer la gestion de l'eau et les techniques agricoles. C'est simple et assez peu couteux. On peut empecher l'eau de partir, grace a de petits murets de pierre, a des diguettes, a de petites retenues. Il faut amenager les pentes pour stopper l'erosion, faire des trous dans lesquels on met du compost et ou l'on plante un arbre, tous les 3 ou 5 metres.
C'est aussi simple que cela ?
Meme avec peu d'eau, quand la vegetation commence a recoloniser le sol, on stoppe la spirale negative. Au bout de trois ou quatre ans, le sol est enrichi en matiere organique, et on peut envisager de reimplanter une agriculture. Il n'y a pas besoin de grands amenagements. Il faut juste un peu d'engrais. Avec de bonnes pratiques, les rendements peuvent doubler ou tripler. Cela a deja ete fait sur des milliers d'hectares, c'est reproductible.
Quel pourrait etre l'apport des plantes genetiquement modifiees ?
Je ne suis pas contre a priori, mais ce n'est pas un remede miracle. La genetique traditionnelle progresse dans la selection de semences adaptees au manque d'eau. De toute facon, les paysans de ces zones ne sont pas solvables. Mieux vaut ameliorer les varietes locales, et garder la technique traditionnelle, qui consiste a prelever 15 % de sa recolte comme semences pour l'annee suivante.
Pourquoi les techniques elementaires que vous decrivez ne progressent-elles pas ?
Il faut investir de 300 a 400 dollars par hectare et par an, pendant trois ou quatre ans. Les paysans n'ont pas cet argent. Ensuite, toute la difficulte vient du differe du retour sur l'investissement. Pendant les quelques annees consacrees a la restauration des sols, il faudrait donner a manger aux gens, et meme les payer. Ce message est tres difficile a faire passer. Les gouvernements des pays concernes ont d'autres priorites. Les masses rurales sont ignorees, c'est la peur de l'emeute urbaine qui domine.
La communaute internationale agit-elle ?
L'aide publique au developpement va en priorite aux infrastructures et a la sante. C'est plus visible. En plus, l'aide internationale va plutot aux grands projets, alors que ce type de programme demande d'allouer de petits montants. Il s'agit pourtant de restaurer un bien public mondial. C'est assez desesperant, on dirait que personne ne se rend compte de la gravite de la menace.
Il faut faire comprendre que la protection de l'environnement, ce n'est pas seulement la limitation des gaz a effet de serre, ou la protection de la biodiversite, mais aussi une agriculture, une foresterie et un elevage plus productifs et aussi protecteurs de l'environnement.
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Chiffres
- 40 % des terres emergees, soit 60 millions de km2, sont des "terres seches". Le terme designe toutes les terres qui connaissent un deficit en eau. Elles sont a 40 % situees en Afrique, a 40 % en Asie. Le reste se trouve en Amerique latine, en Australie, et dans la zone mediterraneenne.
- Parmi elles, 10 millions de km2 seulement sont des deserts proprement dits (soit des regions ou les precipitations sont inferieures a 250 mm par an). Dix autres millions de km2 sont deja fortement degrades par la desertification. Sur le reste, soit 40 millions de km2, on estime que 70 % risquent de subir le meme sort dans les annees a venir.
<http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-998764@51-996264,0.html>
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Marc Bied-Charreton a entièrement raison. C'est un spécialiste et son papier est réaliste et plein de bon sens. J'adhère totalement à ses propositions.
Il nous faut agir et vite et nous avons les connaissances nécessaires mais nous ne trouvons pas les petits financement nécessaires afin de donner la parole à ceux qui sur le terrain on une bonne expérience même limité dans l'espace.
Je suis consultant en communication pour le développement durable. Pendant des décennies avec les paysans des pays africains du sahel nous avons travaillé à rechercher des méthodes de lutte contre la désertification en partant des moyens du bord et ça marche. Ces expérimentation furent réalisées dans le cadres de projets et de programmes de développement. Une fois l'expérimentation terminée aucun financement n'a été accordé pour leur généralisation.
Aujourd'hui les mass média ne répercutent pas assez les innovations des paysans.
L'actualité se boucule et les pays pauvres se tranforment encore et encore en lieu d'exploitation. La dernière en date est la production de biocarburantqui devient un enjeu. Mais allons saisir cette occasion pour tranformer la catastrophe qui risque de se produire en une chance pour les pays pauvres.
Ci après je vous mets une contribution après une article publié dans le journal La croix.
Encore merci pour votre article
Jean yves clavreul
Une décision Européenne qui peut faire basculer le sort de millions de pauvres
En lisant l’article « L’Europe maintient son objectif de 10% de biocarburants en 2020 » Je ne puis m’empêcher de réagir surtout quand je lis plus loin dans l’article les propos du porte-parole d’Andris Piebalgs , commissaire à l’énergie, l’achat de biocarburants « à des pays pauvres » comme ceux d’Afrique-Caraïbes- Pacifiques (ACP) « vaut mieux que de donner davantage d’argent encore au pays riches avec un pétrole à100 dollars ».
Alors les biocarburants seront-ils une source de problèmes ou une chance pour la restauration de l’environnement des savanes des pays pauvres ?
Le jatropha devient un arbuste miracle on ne parle que de lui. Du Sénégal en passant par le Mali, le Burkina Faso et Madagascar tous les pays veulent se lancer dans la production d’huile de Jatropha.
Il y a plus de trente ans que j’entends parler du jatropha comme d’une plante miracle pour la production de biocarburant. Son heure n’était pas encore venue, car le prix de l’or noir n’était pas suffisamment élevé. Aujourd’hui, avec un baril à cent dollars, la culture du jatropha devient une réponse pour produire localement du carburant.
Subitement, les pays pauvres sont séduits par la possibilité de produire et de vendre des biocarburants même en réalisant des grandes plantations sur des terres fertiles. Le Sénégal prévoit des plantations de Jatrophas sur une surface de 10.000 ha . Madagascar et bien d’autres pays voudraient aussi se lancer dans la mise en place de grandes plantations de jatropha avec des unités de transformations.
Au Sénégal la production de biocarburant à partir du jatropha présente un grand intérêt sur le plan économique. Néanmoins, j’y vois aussi un espoir pour l’amélioration de l’environnement dans ce pays soumis comme beaucoup d’autres à l’érosion hydrique et éolienne. Le jatropha ou purghère est un arbuste qui est rustique et non consommé par le bétail. Alors il devient une plante idéale pour réaliser des clôtures sous forme de haies vives autour des champs. Dans ce cas il remplacera avantageusement les euphorbia basamiféra (Salane), qui furent plantés au Sénégal et dans bien d’autres pays sahéliens seulement dans le but de lutter contre l’érosion.
La plantation de haies vives avec des jatrophas pourra ainsi assurer plusieurs fonctions :
1. Clôturer les champs pour éviter les dégâts causés par les animaux en divagation ;
2. Faire séjourner les animaux, la nuit, dans les champs après les récoltes afin qu’ils y apportent du fumier pour de fertiliser les sols ;
3. Créer un bocage avec des haies vives en jatropha où des arbres fourragers ou fruitiers pourraient être semé ou plantés tous les 5 ou 10 mètres. Les jatrophas assurant la protection des plants contre les dégâts du bétail ;
4. Lutter contre l’érosion par la mise en place de haies vives en courbes de niveau avec des jatrophas ;
5. Enfin créer un véritable maillage par les haies vives en jatrophas autour des champs cultivés pour faciliter la mise en place d’un cadastre et établir des titres fonciers.
Sur le plan de la gestion durable de la terre et des arbres, les propositions ci-dessus pourraient constituer une véritable avancée sur le plan écologique. Chaque famille pourrait ainsi bénéficier de plusieurs centaines de mètres de haies vives de jatrophas ce qui lui apporterait des revenus supplémentaires dans le budget familial, sans compter les fruits, le bois et le fourrage produits dans les clôtures des champs.
La solution de grandes plantations de jatrophas pour la production de biocarburants est une autre hypothèse, mais elle ne rendra pas les mêmes services aux familles et ne participera pas à la restauration de l’environnement indispensable à l’ensemble des populations vivant dans des écosystèmes fragiles.
Par ailleurs, pour les pays qui veulent se lancer dans la diffusion rapide du jatropha, il sera certainement utile de créer au niveau de chaque région des plantations assez importantes afin de multiplier les boutures et produire les graines qui seront uniquement consacrées aux semis et non à la production d’huile.
En fin, si l’Europe à l’intention d’importer des biocarburants des pays pauvres elle doit le faire en aidant, dès maintenant, les 40.000.000 d’habitants au sud du Sahara, et les autres pays pauvres, à restaurer leur environnement en préservant leur potentiel de terre fertile.
Jean-Yves CLAVREUL
Consultant en Communication pour le Développement Durable
Tél. 00 33 (0) 2 31 34 99 26
Courriel jean-yves.clavreul@wanadoo.fr
Rédigé par : Clavreul | 26/01/2008 à 17:23
Bonjour,
J'ai lu votre article avec beaucoup d'intérêt, puisque je travaille également dans ce sens actuellement. Je suis une agroéconomiste malgache et nous travaillons sur un réseau d'observatoires ruraux sur lequel nous essayons maintenant d'étudier la vulnarabilité des systèmes agraires afin de dégager des recommandations concrètes et chiffrées dans le sens d'adapter l'agriculture actuelle face notamment aux variabilités climatiques, à moyen et à long terme.
Cependant, chez nous, les premiers enjeux sont aussi bien les risques de désertification mais aussi les inondations à répétition, selon les régions agroécologiques, sachant que les populations rurales sont déjà majoritairement très vulnérables.
J'aimerais bien en savoir plus sur vos expériences en solutions adaptatives.
Notre enjeu est d'avoir assez d'arguments pour être assez convaincants pour faire réagir les instances décisionnelles.
Rédigé par : Nicole Andrianirina | 28/01/2008 à 07:47
bonjour,
C'est avec beaucoup d'intérét que j'ai lu votre article et la situation de la désertification est vraiment alarmante en Afrique.
A mon avis les états africains ont oubliés les problémes de la désertification au profit du SIDA.
Dés que le SIDA a bondit les problémes de désetification sont négligés car les financements du Sida sont énormes or les zones se désséchent,irrégularité des pluies, manque d'eau pour le bétail, faible production agricole, le changement climatique est accentué.
Tout cela, a des conséquences énormes sur les populations.
Enfin, il faut que les Etats, les ONGs, les Associations, les Mairies, les communautés villageoises puissent multiplier des efforts pour lutter contre la désertification.
Rédigé par : BOUBA GAO | 30/01/2008 à 10:17