Comme si le sens de leur démarche en dépend. Ici on semble ne se concevoir en tant qu’individu que dans le groupe. D’aucuns diront que c’est de bonne résistance.
Après avoir décroché une licence d’anglais, avec un mémoire de fin d’études axé sur le théâtre d’Arthur Miller et Eugène O’NEILL, à 22 ans, elle part en Amérique pour poursuivre des études supérieures de théâtre. Rien moins qu’à New York centre du monde. Dès avant le Bac, elle avait cette idée : faire des études supérieures de théâtre en Amérique, elle qui avait été sur scène dès l’âge de 5 ans, dit-elle, grâce à son père Abdelkader El-Badaoui qui vient de « fêter ses soixante ans de théâtre ». La famille avait choisi de la jeter dans le théâtre et par la suite elle se serait approprié ce choix.
Ses parents redoutaient cette idée de partir compte tenu des difficultés financières qu’elle ne manque pas d’engendrer.
Depuis le début, elle ne craint pas d’afficher son admiration pour la culture américaine, en connaissance de cause croit-on. On comprend qu’elle veut parler de peuple américain, de créateurs américains et pas des politiciens américains qui orchestrent la guerre immonde en Irak et ailleurs pour des raisons d’intérêt et non pour les beaux yeux des peuples et de la démocratie.
Rares sont ceux qui croyaient sa passion vraie. Quand elle a obtenu le Bac on lui a fait savoir au consulat américain qu’elle devait attendre encore d’avoir la licence.
Quatre années supplémentaires n’ont pas entamé d’un iota le désir d’aller outre-Atlantique. Ceux qui ont pensé que sa passion allait s’émousser au fil des ans sont restés pour leurs frais.
Ce serait la première demande d’études supérieures de théâtre en Amérique formulée à ce jour, soit en 1997. C’est ce qu’on lui a dit.
Hasna n’avait pas l’ombre d’idée d’immigrer et elle tient à rappeler qu’elle n’était pas privilégiée. Son père Abdelkader El-Badaoui n’avait pas les moyens pour financer ses études dans une université américaine dit-elle. Elle le précise : « mon père c’est un artiste qui n’est pas plein aux as, ne bénéficie d’aucune protection sociale, de plus il était privé d’aide (subvention) à cause de son caractère d’homme qui revendique, le festival d’Ifrane a été mis en débâcle, l’activité au point mort ».
Pour être admis dans une école d’université américaine les prix sont exorbitants jusqu’à l’équivalent de 180.000 Dh par semestre. Le prix d’une maison dans un quartier périphérique de Casablanca. Pourtant rien ne l’a arrêté.
Elle a pu quand même réaliser ce rêve de partir grâce à la ruse « lhila » dit-elle. Elle assure n’avoir bénéficié d’aucun privilège, ni coup de piston. Elle s’est « débrouillée toute seule » pour décrocher une aide au nom de la culture et a pu s’inscrire dans Hunter College of city university of New York.
Après une année et demie d’études elle se retrouve dans la dèche totale. Elle suspend les cours intensifs pour commencer à travailler afin de financer ses études à elle et pour aider son frère Mouhssine en Belgique et sa sœur Karima en Egypte partis, chacun de son côté, chercher une formation en théâtre, audio-visuel.
« Je travaillais jusqu’à 16 heures par jour ».
La dramathérapie pour vaincre la souffrance par la créativité Elle a fait le parcours de l’Américain : faire plusieurs petits boulots qu’on pratique successivement durant la journée, qu’on change rapidement, des activités disparates, vendeuse, baby-sitter, professeur de français, animatrice d’anniversaires, lectrice etc.
Elle parvient quand même à terminer ses études et obtenir son diplôme supérieur de théâtre avec comme spécialité la dramathérapie, une discipline nouvelle à part entière qui s’occupe à transmuer la souffrance en beauté ce qu’on appelle aussi l’art-thérapie où les malades deviennent des créateurs. Elle excelle dans cette discipline avec improvisation, jeu de théâtre, lecture animée, fait partie de l’Association nationale américaine de Dramathérapie et, en tant que telle, elle trouve un emploi répondant à ses dons et sa formation dans un hôpital Terence Cardinal Cooke. Elle va y rester quatre ans en rapport avec de grands malades.
C’est un immense hôpital avec 800 patients hospitalisés atteints de maladies graves de longue durée, cancer, Sida...
Elle apprend à connaître la ville de New York « ville debout » comme dit Céline dans son « Voyage au bout de la nuit », mégapole de tous les contrastes avec plus de 40% de la population née dans d’autres pays, ville de toutes les vélocités, ville qui est le monde comme la décrit le romancier new-yorkais Paul Auter. Elle n’a pas l’impression que c’est une ville violente qui enregistre plus de crimes de sang qu’un grand pays européen, elle n’a pas vu de violence dit-elle, elle a vu surtout le rythme époustouflant de la vie quotidienne et la sécurité rapprochée. C’est vrai que la ville est immense et Hasna ne se hasardait pas en promenades dans les endroits à risque à des heures à risque.
Récemment venue dans cette ville en 1997, elle se rappelle qu’elle avait une longue chevelure roulant en cascades sur son dos. Elle marchait dans la rue ce qui a poussé un homme à faire semblant de vouloir toucher les cheveux. « J’ai sursauté par réflexe en poussant un cri et aussitôt deux policiers se sont manifestés pour me demander ce qui n’allait pas »
La tragédie des attentas du 11 septembre 2001 furent une grosse surprise qu’elle a vécue pas du tout de manière banale. Elle en garde un profond choc. « Dans l’hôpital où je travaillais j’étais la seule employée à habiter loin. Chaque matin je devais prendre un bateau qui me ramenait de l’île où je résidais vers la station de train qui me conduisait vers l’hôpital. Le train passe sous les tours. Or ce jour-là c’est quelques cinq minutes après notre passage qu’il y a eu l’impact du premier avion »
A cause de la circulation coupée c’est près d’une semaine qu’elle est restée loin de chez elle avec les mêmes vêtements.
« Nous sommes restés enfermés dans l’hôpital et il y régnait une atmosphère de fraternité. Pas un seul moment je ne me suis sentie visée comme arabe et musulmane par le vent xénophobe qui n’a pas manqué de se lever à la suite du 11 septembre »
A New York elle a surtout senti la solitude, la sienne propre et celle des autres. C’est l’une des raisons pour laquelle elle est revenue car elle avait besoin d’un « support émotionnel ». Elle est revenue aussi pour ses parents et « pour contribuer à la créativité dans mon pays » dit-elle.
Au retour au Maroc son premier travail a été de s’occuper de la régie dans une série télévisée.
Actuellement elle réalise « Anniversaire » devenu « yaoum addikra » d’Anton Tchekov et travaille sur un feuilleton radiophonique avec son frère Mohssine « Faits de sociétés ».
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