Citation du jour : "Nul ne peut rester ignorant. Nul ne peut rester indifferent." Hubert Reeves
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Au risque de la grippe aviaire, le regard du sociologue Ulrich Beck(1) sur la mondialisation, le progres et ses dangers, Le Monde 2, 15/04/06
Propos recueillis par Patrice Bollon
Dans le monde entire, menace par une potentielle mutation du virus de la grippe aviaire aux consequences catastrophiques, l'homme organise surveillance et prevention. Nos modes de vie s'en trouvent d'ores et deja modifies. Une situation qu'eclaire l’Allemand Ulrich Beck, theoricien de la “Societe du risqueâ€.
Sociologue‑star habitue des pages «debats» des grands quotidiens en Allemagne (ou il est ne en 1944) et dans les pays anglo‑saxons, professeur a l'universite de Munich et a la prestigieuse London School of Economics, reference intellectuelle des Verts mais aussi conseiller informel de l'ex‑chancelier Gerhard Schroder et de Tony Blair, auteur d'une trentaine d'ouvrages en allemand et en anglais, Ulrich Beck n'est guere connu en France que pour sa Societe du risque.
Dans cet essai monumental de 500 pages paru en janvier1986 ‑ trois mois avant Tchernobyl ‑ il soutenait que, les dangers ecologiques et technologiques s'etant par force «mondialises», leur gestion etait desormais un enjeu de politique internationale. Ulrich Beck a theorise ce qu'est aujourd'hui la notion de risque ‑ du rechauffement de la planete a la grippe aviaire... Un risque qui ne vient plus seulement de la nature mais du progres technique dont on a compris qu'il n'etait pas neutre mais produisait ses propres pathologies et effets pervers.
Dans “Qu'est‑ce que le cosmopolitisme ?â€, son dernier ouvrage traduit en francais (ed. Aubier, 2006), Ulrich Beck poursuit ses precedentes theses. Il constate l'impuissance de ce qu'il appelle la «methodologie nationale» pour traiter des questions globalisees.
Le «cosmopolitisme» auquel il appelle n'est pas, pour lui, un «ideal» a realiser : il est ‑ ou devrait etre ‑ une donnee de fait de tous nos raisonnements. C'est notre realite, assure‑t‑il, qui est devenue proprement «cosmopolitique», nous obligeant a tenir compte, dans nos decisions, de ce qui se deroule au‑dela de nos frontieres nationales. Une demarche qu'ulrich Beck nous invite a appliquer concernant le virus H5N1.
Une des grandes angoisses actuelles reside dans la menace du developpement d'une epidemie de grippe aviaire. En quoi celle‑ci releve‑t‑elle de ce que vous appelez le «risque»?
Non seulement elle en illustre la logique, mais elle en fournit, si j'ose dire, un des plus parfaits exemples. Ce que j'appelle «risque» doit etre distingue de la catastrophe. Le risque n'est pas la catastrophe ; il en est l'anticipation. C'est une virtualite, quelque chose qui peut se produire ‑ avec des consequences catastrophiques a la cle. Le probleme, c'est que nous ne savons pas dans quelle mesure c'est ‑ ou non ‑ le cas de la grippe aviaire. Face a cette catastrophe potentielle, nous sommes dans un etat de non-savoir. Mais nous devons prendre des measures qui peuvent engendrer des phenomenes d'hysterie collective et modifier les conditions memes de notre existence.
C'est ce qui s'est passe avec le terrorisme, qui est lui aussi un risque, mais «intentionnel». Apres le 11 septembre 2001, tous les gouvernements, en particulier celui des Etats‑Unis, ont ete amenes a prendre des
decisions qui ont transforme en partie l'organisation de notre monde. Meme si la menace terroriste disparaissait, elle n'en aurait pas moins contribue a changer notre quotidien. Sous cet angle, tout risque important ressemble a une tragi‑comedie : nous ne savons pas ce qui peut advenir, devons anticiper les effets nefastes, au risque de bouleverser et notre perception et la realite de notre monde.
Vous etes l'un des premiers a avoir mis notre l'accent sur le fait que les nouveaux risques venaient des developpements de la technique, qu'ils etaient «globaux».
Ils sont effectivement lies au developpement des transports, de la mobilite, des connexions etroites entre les technologies et les hommes. Comme tous les nouveaux risques auxquels nous devons faire face, la grippe aviaire appelle une reponse globale. Nous dependons tous, desormais, d'institutions internationales qui imposent les mas normes ‑ aussi bien sur le plan economique que pour la sante.
Ce n'est pas le cas du risque majeur que constitue le rechauffement du climat.
On a ici affaire a un effet secondaire du progres. Comme si bon nombre de nos problemes actuels n'etaient que les ombres des victoires remportees par nos technologies ; plus celles‑ci s'affinent, plus elles produisent d'effets imprevisibles de cet ordre.
Le debat sur le rechauffement de la planete est parti de l'hypothese, emise en 1974 par les chimistes Mario Molina et Frank Sherwood Rowland, selon laquelle les chlorofluorocarbones (CFC) ‑que nous utilisons dans nos refrigerateurs et nos aerosols ‑,en detruisant la couche d'ozone, accroissent le rayonnement ultraviolet qui atteint la Terre. Or les CFC nous ont grandement facilite l'existence depuis 1928.11 aura fallu attendre plus de quarante‑cinq ans pour comprendre qu'ils pouvaient egalement avoir des consequences nefastes! On ne se trouve plus ici face a une simple incertitude: c'est une veritable incapacite de prevision.
C'est aussi le cas de l'amiante, qui etait considere dans les annees 1960 comme un materiau‑miracle.
Sous cet angle, on percoit bien ce qui nous fait le plus defaut : le vocabulaire pour designer ces risques. Vous savez sans doute que certains de nos dechets radioactifs ne se detruiront naturellement que dans vingt ou trente mille ans. A la fin des annees 1990, les Etats‑Unis ont eu l'idee de creer un comite, constitue de chimistes, d'historiens et de linguistes, afin de determiner quels symboles devraient etre utilises pour prevenir les generations futures du danger que representent nos decharges nucleaires. Ils ont passe en revue les symboles du danger dans la Bible, par exemple. Le probleme, c'est que se pose aujourd'hui de tous ces symboles ne remontent au mieux qu'a cinq ou six mille ans. Si vous utilisez, par exemple, une tete de mort pour designer un poison, il n'est pas certain que ce symbole soit valable dans vingt ou trente mille ans.
C'est une parabole, mais elle permet de comprendre que bien souvent, en ce qui concerne les «risques globaux majeurs», nous avons a faire face a une double incertitude : celle qui vient de nos connaissances actuelles et celle qui decoule de ce que nous des ignorons encore.
Dans cette optique, que pensez‑vous du principe francais dit de precaution ?
Ce principe temoigne d'un renversement tres important de problematique, d'un veritable changement de paradigme.
Jusqu'a present, nous avions admis l'idee d'une compensation, d'ordre en general financier, aux risques produits par la technologie ‑ du type «tant d'argent pour une jambe ou un bras perdus». Cela presuppose que nous acceptons que certains accidents arrivent, et que nous pouvons toujours les inscrire dans une «relation d'echange».
La ou ce raisonnement ‑ qui est celui des assurances privees ou etatiques ‑ ne tient plus, c'est quand la technologie menace l'existence de pans entiers de la population, voire la survie de l'humanite ‑ comme dans le cas d'une explosion atomique. On ne peut plus se dire alors: «Faisons l'experience, nous verrons bien par la suite comment nous nous debrouillerons !»
Il y a desormais des risques que nous ne pouvons pas nous permettre d'encourir: ils ne doivent tout simplement pas advenir. C'est cela qu'exprime le principe de precaution.
Le probleme est que, si nous avions toujours raisonne ainsi, le developpement technique s'en serait trouve tres vite entrave...
C'est un vrai dilemme. II de pose aujourd’hui de facon aiguë pour toutes les technologies issues de la genetique. Ni les experts ni les Etats ni les mouvements sociaux qui s'opposent a leur diffusion ne savent vers quoi nous nous dirigeons. Que faire dans ces conditions ?Je pense qu'il faudrait adjoindre au principe de precaution un autre principe : nous devrions poursuivre l'exploration de ces nouvelles technologies, mais seulement aussi Ion temps qu'elles sont «reversibles».
Ce que vous dites est eclairant, ma reste assez theorique. Dans le cas des 0GM, par exemple, nous en sommes deja au stade de la production de une etape largement irreversible.
Vous avez malheureusement raison. En un sens, la lutte autour des 0GM traduit un sorte de guerre de conceptions entre les Etats‑Unis, qui cherchent a ouvrir de nouveaux marches aux produits genetiquement modifies, et l'Europe, qui se veut plu precautionneuse. Dans un livre rest celebre, Samuel Huntington a emis l'hypothese que nous nous dirigions vers un «choc des civilisations». je pense plutot que le prochains grands conflits reposeront sur de antagonismes entre differentes cultures du risque, des «religions du risque» opposees.
Car ce qu'il faut bien comprendre a propos des risques, c'est que meme si nous ignorons ce qui va arriver, nous sommes en meme temps intimement persuades de ce qu'il y a a faire. Autrement dit, le risque a tendance a faire naitre chez nous des engagements de nature quasi religieuse entre ceux qui pensent qu'une nouvelle technique est sure tant qu'on n'a pas demontre qu'elle pouvait etre dangereuse (philosophie du «laisser‑faire»), et ceux pour qui, au contraire, aucune innovation n'est inoffensive tant qu'on n'a pas reussi a prouver qu'elle est sans danger («precaution»).
Comment sortir de cette impasse ?
Un des moyens serait de liberer la technique de l'emprise des marches et de l'economie. Le developpement technologique s'est opere jusqu'a present essentiellement en fonction de l'ouverture de nouveaux marches. C'est une idee qui nous parait naturelle, mais qui n'a, en realite, rien de vraiment moderne. Si la modernite signifie la liberte et l'autonomie, alors la technologie doit, elle aussi, se developper par elle‑meme, sans etre liee a un usage precis ou predetermine ‑ un peu a la maniere de l'art.
Les scientifiques et les techniciens devraient pouvoir travailler librement sur toutes sortes de choses, et nous pourrions decider democratiquement par la suite s'il est ou non benefique de retenir leurs decouvertes.
Nous aurions besoin d'une nouvelle theorie du «changement social»...
La premiere modernite, celle des XIXe et XXe siecles, jusqu'aux annees 1970‑1980, s'est appuyee sur les idees d'autonomie de l'individu, de nation et de marche. Ces trois idees ont progresse ensemble, l'individualisation ayant servi de socle a l'economie de marche, et celle‑ci s'etant organisee autour de la nation et ayant contribue a la batir.
Or ces principes volent aujourd'hui en eclats du fait de la poursuite de l'individualisation et de l'essor des societes multinationales. La precarisation du travail remet en question l'individualisation, et la globalisation la pertinence de ce que j'appelle la «methodologie nationale». Toutes ces evolutions font que nous avons besoin d'une autre theorie du changement social. Car nous nous trouvons desormais dans un etrange cas de figure : nous continuons de raisonner en termes de nations alors que tous nos problemes se sont mondialises ; les classes sociales ont disparu, mais les inegalites se sont renforcees ; et, sous l'effet des nouveaux modes de travail, nous nous sentons desormais individuellement «responsables» des periodes d'inactivite ou de chomage que nous connaissons...
Nous entrons, dites‑vous, dans une phase « tragique» de l'individualisme.
Oui, et pas seulement en ce qui concerne l'emploi. La technique est egalement concernee. Nous dependons de plus en plus des experts, alors que jamais n'a ete aussi forte, pour nous, la necessite de prendre des decisions autonomes a ce sujet. Nous devons de plus en plus faire confiance aux techniciens, alors qu'avec le developpement des risques globaux nous verifions chaque jour qu'ils ne savent rien ‑ ou tres peu ‑ et se contredisent souvent. Nous les suspectons, en outre, de ne pas nous dire toute la verite, sinon de nous mentir.
Les grands dualismes sur lesquels nous avons jusqu'a present raisonne explosent : il n'y a plus l'« individu» et la «societe», mais un etat intermediaire dans lequel nous sommes pousses a interioriser, dans nos comportements, les necessites sociales. Il n'y a plus d'un cote la «nature» et de l'autre la «culture», mais une proliferation de ce que l'anthropologue francais Bruno Latour nomme des «objets hybrides», mi‑nature mi‑culture. Les problemes, enfin, qui se posent a nous ne sont plus ou nationaux ou internationaux, mais les deux a la fois.
Dans un monde globalise comme le notre, nous devons inclure la perspective de l'«autre ». On l'a bien vu lors de la querelle lancee par les caricatures de Mahomet. C'etait un probleme avant tout danois, mais qui a rapidement concerne tout l'Occident. Nous ne sommes pas libres de ne pas mener ce dialogue avec l'«autre». Les societes ne ressemblent plus a ces «containers» de jadis, que nous pouvions prudemment refermer en nous satisfaisant d'etre nous‑memes.
Si un universalisme est encore possible ‑ et je l'espere sincerement ‑, ce ne peut etre que sous la forme d'une question, et non d'une reponse ; d'un processus. Ce sont des normes que nous avons a batir ensemble, a partir de ce que nous possedons en commun ‑ et non, comme nous l'avons fait jusqu'a present, de conceptions posees a priori et que nous demandons aux autres de partager, quand nous ne l'exigeons pas.
De ce point de vue, le risque peut paradoxalement y aider. Le risque introduit, en effet, une espece de dialectique positive. C'est un lien potentiel entre des populations qui ne desirent pas forcement se parler, voire se percoivent comme des ennemis. Du fait de la globalisation de nos problemes, c'est un mode de communication non-intentionnel entre des gens qui ne veulent pas communiquer entre eux...
Pour en revenir a la grippe aviaire, pensez‑vous que nos societes disposent de meilleurs atouts que celles qui eurent a faire face,jadis, a des epidemies dramatiques, telles les grandes pestes du XIVe et du XVII siecle ?
Nous sommes tres mal prepares a de telles catastrophes sur le plan institutionnel. Face a ce type de risques majeurs, nous agissons un peu comme si nous tentions de ralentir un avion a l'aide d'un frein de bicyclette! Le fait que rien ne se soit encore produit de dramatique dans ce domaine devrait nous inciter a batir ces nouvelles institutions. Car le risque est intimement lie a l'exclusion, aux images de l'«ennemi», a la reproduction d'un ordre ancien etablissant une demarcation radicale entre « nous» et «les autres». On en a vu des premisses dans les cas du SRAS et de la grippe aviaire, avec la montee en force des images du Chinois ou du Turc porteurs d'un «mal exterieur».
Parce qu'elles dissolvent le consensus social et culturel, les grandes epidemies menacent sans cesse de faire ressurgir les prejuges les plus irrationnels. C'est un reel danger, dont les hommes politiques ne me paraissent pas assez conscients. C'est une des raisons pour lesquelles je pense qu'il faut tout faire pour construire, et vite, une identite europeenne, une souverainete et des institutions europeennes. Cela me semble etre la seule reponse possible au risque ‑ helas toujours a l'oeuvre dans nos collectivites humaines ‑ de regression.
(1) Ulrich Beck, un intellectuel trop peu connu en France : ne en 1944, il a, depuis vingt ans, publie plus d'une dizaine d'ouvrages consequents sur la theorie de la modernisation, la sociologie de l'environnement, les transformations du travail et les inegalites sociales.
A lire :
- Qu’est-ce que le cosmopolitisme ?, traduit de l'allemand par Aurelie Duthoo, Aubier, 345 p., 25 euros.
- La societe du risque. Sur la voie d’une autre modernite, traduit de l'allemand par Laure Bernardi, Champs / Flammarion, 522 p., 10 euros.
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Il faut preparer la "fin du petrole", par Nicolas Hulot et Jean-Marc Jancovici, Le Monde, 18/04/06
Malgre des declarations tonitruantes sur l'ere de l'apres-petrole qui aurait deja commence, ou le changement climatique qui serait une menace de premier plan, force est de constater que notre quotidien n'en voit pour l'heure pas la trace.
L'humanite n'a jamais consomme autant d'or noir, de gaz et de charbon qu'en 2005 et, en France, l'elevation de la temperature moyenne planetaire du dernier siecle ne nous a reellement empeches de dormir que quelques jours durant l'ete 2003. Bien sur, demain sera different d'aujourd'hui, car c'est la definition meme d'un changement, mais comment se persuader que nous sommes mal partis quand tout va bien pour le moment ?
Une premiere certitude vient des mathematiques, qui - helas ! - ne deviennent pas invalides parce que la conclusion nous deplait : avec un stock de depart fini, l'approvisionnement petrolier passera par un maximum puis diminuera sans cesse, et cette conclusion s'applique aussi au charbon et au gaz. Des lors, a quand l'inexorable debut de la decroissance petroliere ? (qu'il faut bien distinguer de la "fin du petrole", expression qui n'a d'interet que mediatique). La reponse des petroliers - les seuls a disposer d'informations primaires - oscille entre 2010 et 2025. Meme en se reportant sur le gaz et le charbon, les mathematiques interdisent de prolonger plus de quelques decennies une consomMation croissante de combustibles fossiles.
La deuxieme certitude concerne le climat : il y a vingt mille ans, au plus fort de la derniere ere glaciaire, la planete n'avait perdu que 5 °C de temperature moyenne par rapport a maintenant. Quelques degres en plus pour la moyenne planetaire en un ou deux siecles seraient donc un choc climatique aux consequences inimaginables au premier sens du terme, c'est-a-dire impossibles a imaginer dans le detail. En effet, une transition climatique aussi rapide appliquee a quelques milliards d'individus sedentaires ne s'est jamais produite dans le passe, proche ou lointain. Et surtout, l'inertie du systeme climatique et la duree de vie du CO2 dans l'air sont telles que la temperature montera pendant au moins quelques siecles apres que les emissions humaines de CO2 auront commence a diminuer.
Malgre ce qui precede, nous vivons aujourd'hui avec l'illusion dangereuse que l'energie va rester abondante et bon marche pour l'eternite. Il est donc logique que l'on crie au fou des que quiconque preconise d'en monter le prix ! Or se poser la question du prix de l'energie, c'est deja y avoir repondu : toutes choses egales par ailleurs, le prix d'une ressource epuisable dont la consommation aimerait augmenter en permanence ne peut qu'exploser.
Un prix de marche restant bas "aussi longtemps que possible" ne serait meme pas une bonne nouvelle : nous pourrions alors emettre tellement de CO2 que nos (petits-) enfants heriteraient d'une facture climatique monstrueuse, sans beaucoup d'energie residuelle pour y faire face, et sans meme avoir profite de la fete. Que viennent nucleaire et energies renouvelables, alors, bien qu'utiles, elles seront insuffisantes pour remplacer en quelques decennies petrole, gaz et charbon : il va falloir se mettre au regime.
Face au "Francais moyen" du XVIIe siecle, l'homo industrialis vit comme un nabab : tout beneficiaire du smic, tout etudiant, tout retraite commande en permanence a l'equivalent energetique de 100 domestiques, qui s'appellent voitures, machines industrielles, chauffage central, avions, lave-linge, congelateurs, etc. Membres d'une espece qui a deja connu quelques milliers de generations depuis son apparition, nous n'avons pas encore pris la mesure du formidable saut de puissance effectue depuis la naissance de nos grands-parents, multipliant au passage la pression de l'homme sur son environnement par un facteur 100 en un siecle.
Cette vie a credit ne va pas durer, et il serait temps que nous nous en rendions compte, des simples electeurs jusqu'a M. Barroso, qui semble pourtant penser que des prix bas - donc faux - sont une benediction pour l'avenir. Des lors, souhaitons-nous gerer du mieux possible une ineluctable decroissance de la consommation d'energie fossile, ou preferons-nous attendre que "quelque chose" se charge de le faire pour nous sans nous demander notre avis ? L'histoire a amplement prouve que la passivite n'est pas la meilleure option. Et pour l'action, quiconque a bien creuse le sujet tombe invariablement sur... la hausse de la fiscalite sur l'energie.
Ce qu'il faut faire ? Monter le prix de toutes les energies fossiles de 5 % a 10 % en termes reels tous les ans, sans limite, jusqu'au jour ou nous pourrons penser etre debarrasses des problemes les plus redoutables. Cette progressivite permettra a chaque consommateur ou producteur de s'organiser en "voyant venir" les surcouts, qui auront lieu de toute facon sinon, mais de maniere brutale, nous exposant alors a de tres mauvaises surprises.
Par ailleurs, la fiscalite est un simple recyclage national, qui ne cree ni chomage ni recession, alors qu'un choc petrolier est un appauvrissement net du pays, qui cree recession et chomage, comme en 1973.
Trop de chomage n'est clairement pas bon pour la democratie : faut-il rappeler que la crise de 1929 a fini par amener la dictature un peu partout en Europe ? Et faut-il se croire definitivement vaccines contre le totalitarisme, au motif que depuis soixante ans tout va bien... dans un contexte de croissance ininterrompue ? Les "modestes", qui trinqueront le plus en cas de probleme, devraient paradoxalement etre les premiers a reclamer cette hausse progressive, qui sera bien plus equitable que le chaos qui nous menace sinon !
Une taxe accrue donne plus d'argent a l'Etat : tant mieux. Ce dernier pourra financer la reconstruction dont nous avons besoin. Taxer l'energie protegera les entreprises, en leur creant un contexte stable qui est le meilleur service a leur rendre. Du reste, quans ils ont bien compris le probleme, nombreux sont les dirigeants pour qui la question n'est plus "faut-il taxer ?", mais "comment taxer de maniere equitable sans que je sois le premier perdant ?".
Quiconque reclame, comme citoyen, que l'on fasse "quelque chose" pour eviter les ennuis a venir, peut-il s'opposer, comme consommateur, au fait d'etre touche au porte-monnaie ? L'histoire economique ayant demontre que c'est in fine le prix qui nous incite a la vertu.
Nicolas Hulot est producteur de l'emission "Ushuaïa Nature" et Président de la Fondation pour la Nature et l’Homme
Jean-Marc Jancovici est consultant en energie.
<http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-762847@51-762915,0.html>
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Cosmetiques naturels, Conseils et recettes plaisir pour preserver sa sante au quotidien, par Helene Baron, Tiphaine Chagnoux, Editions Sully, mars 2006
Les cosmetiques, produits d'hygiene ou de beaute, ont quelque peu perdu la confiance des consommateurs depuis que certains de leurs ingredients sont suspectes de mettre la sante et l'environnement en danger. Devant l'inquietude que cela suscite, que faire au quotidien ? On peut etre un "consomm'acteur" vigilant en choisissant des produits naturels voire bio. On peut aussi revenir aux plaisirs de la fabrication maison avec des ingredients sains, exempts de substances de synthese.
Pour prendre soin de soi et de ses proches, Tiphaine Chagnoux vous propose ses recettes simples et economiques dont les ingredients vous ouvriront tout un univers de plaisirs. Huiles essentielles aux parfums voluptueux, riches huiles vegetales, douces argiles, cires et miels aromatiques..., pour concocter des cosmetiques sur mesure: huile anti-croco, tonique du macareux heureux, bain de la panthere rose, dentifrice du chat de Cheshire, brume hydratante optimiste...
Cosmetiques naturels, Conseils et recettes plaisir pour preserver sa sante au quotidien, par Helene Baron, Tiphaine Chagnoux, Editions Sully, mars 2006, 172 p., ISBN 2-911074-83-1, 15 euros
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Invitation au mardi de l’environnement sur "Les dechets,comment reduire la debauche ?", Paris, 2 mai a 18h30
Dans le cadre des "Mardis de L'Environnement" , l'Institut Oceanographique Paul Ricard (IOPR) et la Societe Europeenne
des Realisateurs de L'Environnement (SERE), ont le plaisir de vous inviter a un debat sur :
Les dechets,comment reduire la debauche ?
Surconsommation et gaspillage, coûts de gestion des dechets en hausse et capacites de traitements insuffisantes. Mais la bonne nouvelle, c’est que le constat est general de trouver maintenant des solutions urgentes. Et comment faire ? Des moyens, certes, mais de l’education, encore et toujours !
Autour de Patricia Ricard,
- Corinne Lepage, ancienne Ministre de L’Ecologie, Presidente de CAP 21 ;
- Serge Orru, Fondateur du Festival du Vent ; un exemple de collectivite locale avec
l’association des « Amis du Vent », a Calvi en Corse,
- Campagne de L’Ademe «Reduisons nos dechets, ca deborde»
- Bruno Genty, Mission Dechets de France Nature Environnement
- Un Elu ( en cours de recherche)
Revue d'actualite d'Alain Zecchini
Presentation de nouvelles parutions de livres
Le mardi
2 mai, de 18h30 precises a 20h30,
A L'ESPACE PAUL RICARD, Galerie Royale 2, 1er Etage - 9 Rue Royale 75008 Paris - Metro: Concorde et Madeleine.
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